{"id":5307,"date":"2021-02-06T09:40:42","date_gmt":"2021-02-06T08:40:42","guid":{"rendered":"https:\/\/bonjourseville.com\/historias-de-itaca-ii\/"},"modified":"2021-03-27T11:49:37","modified_gmt":"2021-03-27T10:49:37","slug":"historias-de-itaca-ii","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bonjourseville.com\/fr\/historias-de-itaca-ii\/","title":{"rendered":"Historia(s) de Itaca (II)"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Cette s\u00e9rie de textes est issue de mes conversations avec Jos\u00e9 Antonio Campillo, fondateur et propri\u00e9taire d&rsquo;Itaca, incontournable club, ouvert en 1979, de la rue Amor de Dios, \u00e0 S\u00e9ville. Les premi\u00e8res ont eu lieu par t\u00e9l\u00e9phone, entre Paris et S\u00e9ville, en octobre 2020. Ensuite, il y a eu d&rsquo;autres rencontres en t\u00eate-\u00e0-t\u00eate dans divers caf\u00e9s et bars s\u00e9villans, qui m&rsquo;ont permis de peaufiner l&rsquo;histoire du club, indissociable de celle de la vie de Jos\u00e9 Antonio et de la ville elle-m\u00eame.&nbsp;Cette&nbsp;deuxi\u00e8me&nbsp;partie&nbsp;comprend&nbsp;aussi&nbsp;le&nbsp;t\u00e9moignage&nbsp;de&nbsp;Luis&nbsp;Yanguas,&nbsp;DJ chez&nbsp;Itaca&nbsp;entre&nbsp;1988&nbsp;et&nbsp;2000.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce deuxi\u00e8me volet, l&rsquo;arriv\u00e9e des films pornos de Paris repr\u00e9sente un tournant radical dans l&rsquo;histoire d&rsquo;Itaca, qui, avec enthousiasme et une certaine inconscience, rejoint la vague de libert\u00e9 que les ann\u00e9es 70 d\u00e9versent sur l&rsquo;Espagne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab\u00a0Enfant, les seuls hommes \u00e0 moiti\u00e9 \u00e0 poil auxquels nous avions acc\u00e8s \u00e9taient les gladiateurs des films et Tarzan. Puis, au fil des ann\u00e9es, on d\u00e9couvre la culture classique, l&rsquo;art grec et romain. Cette fascination pour l&rsquo;Antiquit\u00e9, mais aussi pour le baroque, si pr\u00e9sent \u00e0 S\u00e9ville, se trouve \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;Itaca. Pour boucler la boucle, lorsque j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9 de l&rsquo;usine et du syndicat, le c\u00e9l\u00e8bre po\u00e8me de Cavafis, Ithaque, si que dans un certain sens et qui rassemble de nombreux \u00e9l\u00e9ments du monde classique est tomb\u00e9 entre mes mains. C&rsquo;est ainsi qu\u2019avec Antonio Morillo nous avons choisi le nom du petit bar que nous avons d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;ouvrir rue Amor de Dios. \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Souvent, les meilleurs moments d\u2019une soir\u00e9e de f\u00eate sont ceux qui la pr\u00e9c\u00e8dent, quand on n\u2019est pas encore sorti. On choisit ses v\u00eatements, on se douche, on s&rsquo;habille, on boit une premi\u00e8re bi\u00e8re et danse sur une premi\u00e8re chanson avec le sentiment que tout est possible. Le voyage a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9. Dans le po\u00e8me <em>Ithaque<\/em>, Constantin Cavafis nous exhorte \u00e0 profiter de chaque \u00e9tape du voyage, quoi qu\u2019il soit voyage, sans trop penser \u00e0 la destination finale. L&rsquo;\u00eele de la mer Ionienne qui donne son titre au po\u00e8me n&rsquo;est qu&rsquo;une excuse pour prendre le large direction la vie ou simplement la nuit. \u00ab Dans les ann\u00e9es 1970, nous avions tr\u00e8s faim de libert\u00e9, de sexe. Tout \u00e9tait \u00e0 faire. \u00c0 cette \u00e9poque, les homosexuels se cachaient pour draguer derri\u00e8re les buissons dans les jardins publics ou dans les services de la gare. Il n&rsquo;y avait pas de lieux de sociabilit\u00e9 gay. Itaca est n\u00e9 avec une vocation de service, dans le but d&rsquo;\u00eatre un lieu s\u00fbr de rencontre et d&rsquo;\u00e9panouissement. \u00bb De sa jeunesse au village \u00e0 son implication dans la lutte ouvri\u00e8re, la volont\u00e9 de rapprocher, de cr\u00e9er une communaut\u00e9, impr\u00e8gne toutes les \u00e9tapes de la vie de Jos\u00e9 Antonio. Portant sto\u00efquement l\u2019\u00e9tiquette d&rsquo;homme d&rsquo;affaires LGTB (\u00ab une expression qui me p\u00e8se\u00a0\u00bb), sa carri\u00e8re le place bien au-dessus de ce label. Son courage et sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 ne comprennent pas le mot b\u00e9n\u00e9fice.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>LE PREMIER ITACA<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>S\u00e9ville, 1979. Chaque apr\u00e8s-midi, les homos de la ville pratiquent la fameuse <em>carrera<\/em> (promenade), qui s&rsquo;\u00e9tale de La Campana au bar Coliseo, sur la place de la Puerta de Jerez. Seuls ou en petits groupes, ils descendent la Calle Sierpes et l&rsquo;Avenida de la Constituci\u00f3n \u00e0 la recherche d&rsquo;un r\u00e9pit face \u00e0 l&rsquo;oppression quotidienne. Dans la rue, ils se rencontrent, ils s&rsquo;\u00e9coutent, ils socialisent, ils s&rsquo;\u00e9vadent. Depuis des ann\u00e9es, la <em>carrera<\/em> est un v\u00e9ritable rituel, mais c&rsquo;est aussi un pi\u00e8ge. La police guette. La <em>Ley de Peligrosidad Social<\/em> (Loi de la dangerosit\u00e9 sociale) r\u00e9prime le moindre geste eff\u00e9min\u00e9, tout v\u00eatement \u00e9quivoque. Il est facile de se retrouver en prison, battu et insult\u00e9. \u00ab \u00c0 S\u00e9ville, il y avait beaucoup de r\u00e9pression, beaucoup de douleur. Quand j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 fr\u00e9quenter le milieu homosexuel, tout me semblait tr\u00e8s sordide. Le <em>cruising<\/em> se pratiquait \u00e0 Chapina, en bordure du Guadalquivir, une partie de la ville dangereuse \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque plus \u00e0 cause des voleurs que des fascistes venus <em>casser du p\u00e9d\u00e9\u00a0<\/em>; puis dans les Jardines de Murillo, un espace un peu plus s\u00fbr car plus proche du centre-ville. Tout \u00e9tait clandestin, comment pourrait-il en \u00eatre autrement \u00bb, se souvient Jos\u00e9 Antonio. Il y avait d\u00e9j\u00e0 quelques bars, mais ils fermaient t\u00f4t : Chandelier, Prisma, <br>Tibu\u2026 \u00ab Itaca a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u comme quelque chose de diff\u00e9rent. Nous voulions offrir un espace d&rsquo;expression et de dialogue. Antonio et moi avons am\u00e9nag\u00e9 le bar avec quatre sous dans une ancienne marbrerie o\u00f9 l\u2019on fabriquait des pierres tombales. Nous l&rsquo;avons inaugur\u00e9 lors de la Semana Santa de 1979. Je me souviens qu&rsquo;au fond, il y avait un rideau et derri\u00e8re, ma s\u0153ur et des amis pr\u00e9paraient des sandwichs et des tortillas pour les clients \u00bb. Sans \u00eatre ouvertement gay, le premier Itaca, au 25 de la rue Amor de Dios, s&rsquo;abreuve dans l&rsquo;esprit libertaire de l&rsquo;\u00e9poque. Il convoque les intellos et les alternatifs du quartier de l&rsquo;Alameda de H\u00e9rcules, \u00ab les romantiques de l\u2019anarchisme \u00bb : antiquaires, com\u00e9diens, c\u00e9ramistes et peintres qui fr\u00e9quentent le march\u00e9 aux puces du dimanche matin et forment une communaut\u00e9 vivante et engag\u00e9e dans la S\u00e9ville du moment. On y parle art, sexe, Concha Piquer (1). \u00ab La ville avait besoin d\u2019un lieu de ce type, d&rsquo;un espace o\u00f9 l&rsquo;on puisse socialiser, g\u00e9n\u00e9rer des courants d&rsquo;opinion et du d\u00e9bat. J&rsquo;encourageait cette approche culturelle et alternative. Nous avons organis\u00e9 des expositions d&rsquo;artistes tels que Juan Luis Aguado ou Rafael Abad Mej\u00edas et des lectures de po\u00e9sie, au cours desquelles nous \u00e9tions tous allong\u00e9s sur des coussins par terre, fumant ce que l\u2019on fumait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. La Alameda a toujours \u00e9t\u00e9 le quartier phare de la contestation et je pense que l\u2019importance de l\u2019activit\u00e9 de ses habitants au cours de ces ann\u00e9es-l\u00e0 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 suffisamment soulign\u00e9e. Par exemple, la premi\u00e8re tentative de carnaval, interdit apr\u00e8s la Guerre civile, a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9e par les habitants du quartier. Bien qu&rsquo;avec moins d&rsquo;impact m\u00e9diatique, cela a plus fait exploser les codes de l&rsquo;\u00e9poque que la manifestation de 1978, cette premi\u00e8re tentative de Gay Pride.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" width=\"789\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/bonjourseville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/FF23BD38-A010-4787-98B2-1EA3CA1AC681_1_201_a-789x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4947\" srcset=\"https:\/\/bonjourseville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/FF23BD38-A010-4787-98B2-1EA3CA1AC681_1_201_a-789x1024.jpeg 789w, https:\/\/bonjourseville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/FF23BD38-A010-4787-98B2-1EA3CA1AC681_1_201_a-231x300.jpeg 231w, https:\/\/bonjourseville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/FF23BD38-A010-4787-98B2-1EA3CA1AC681_1_201_a-768x996.jpeg 768w\" sizes=\"(max-width: 789px) 100vw, 789px\" \/><figcaption>Amor de Dios, 25: premi\u00e8re adresse d&rsquo;Itaca. <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" width=\"696\" height=\"403\" src=\"https:\/\/bonjourseville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/FEA7D2AE-2786-472B-9C50-999ABB3B25E4.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4926\" srcset=\"https:\/\/bonjourseville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/FEA7D2AE-2786-472B-9C50-999ABB3B25E4.jpeg 696w, https:\/\/bonjourseville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/FEA7D2AE-2786-472B-9C50-999ABB3B25E4-300x174.jpeg 300w\" sizes=\"(max-width: 696px) 100vw, 696px\" \/><figcaption>Constantin Cavafis.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>ET LE PORNO<\/strong> <strong>ARRIVA<\/strong>  <\/p>\n\n\n\n<p>Mais la vraie bombe arrive depuis Paris. Environ trois ans apr\u00e8s l&rsquo;ouverture du bar, un ami commence \u00e0 envoyer des films porno gay de la capitale fran\u00e7aise. Chaque soir, ils sont projet\u00e9s \u00e0 huis clos \u00e0 un groupe d&rsquo;intimes. Le syst\u00e8me VHS ne s&rsquo;est pas encore r\u00e9pandu : les films arrivent \u00e0 S\u00e9ville sous forme de bobines. Le cin\u00e9ma X de l&rsquo;\u00e9poque, qui, vu aujourd\u2019hui, a l&rsquo;air quelque peu innocent et na\u00eff, refl\u00e8te n\u00e9anmoins l&rsquo;enthousiasme, l&rsquo;audace que les mouvements de lib\u00e9ration homosexuelle ont fait fleurir dans le monde depuis la fin des ann\u00e9es 1960 et jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e du sida. Le film <em>Un couteau dans le c\u0153ur (<\/em>2018, Yann Gonzalez) d\u00e9peint l&rsquo;industrie fran\u00e7aise de la production de porno gay au moment o\u00f9 Itaca ouvre ses portes. Le personnage principal, jou\u00e9 par Vanessa Paradis, est inspir\u00e9 d&rsquo;Anne-Marie Tensi, la myst\u00e9rieuse r\u00e9alisatrice et productrice dont les films, tourn\u00e9s sous un pseudonyme et pour la plupart disparus, constituent aujourd&rsquo;hui des \u0153uvres de culte. Qui sait si l&rsquo;un d&rsquo;entre eux n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 projet\u00e9 lors de ces soir\u00e9es \u00e0 Itaca ? \u00ab Le succ\u00e8s a \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diat. Nous avons commenc\u00e9 \u00e0 projeter les films apr\u00e8s la fermeture, entre amis, mais la rumeur s&rsquo;est rapidement r\u00e9pandue et tr\u00e8s vite les gens demandaient \u00e0 rester voir par eux-m\u00eames ce qui s&rsquo;y passait. Ils ont commenc\u00e9 \u00e0 me demander d&rsquo;avancer l\u2019heure de projection. Cela a fini par \u00eatre un <em> totum revultum <\/em> d&rsquo;amis, de couples, de c\u00e9libataires. Certains se chauffaient en regardant le porno ; d&rsquo;autres prenaient simplement un verre et regardaient. Tout \u00e9tait v\u00e9cu tr\u00e8s naturellement.\u00a0\u00bb Luis Yanguas se souvient comment on a commenc\u00e9 \u00e0 parler \u00ab d&rsquo;un bar<em> <\/em>rue Amor de Dios o\u00f9 l\u2019on passait des films porno. Il faut savoir que, mis \u00e0 part les bars pour homos \u00e0 l&rsquo;ancienne, il y avait peu d&rsquo;offre \u00e0 S\u00e9ville. Seuls Trastamara et Metal, rue Jes\u00fas del Gran Poder, affichaient certaines vell\u00e9it\u00e9s de modernit\u00e9. Itaca a fini par s&rsquo;imposer aux deux \u00bb. Cependant la situation se complique : de plus en plus de gens viennent attir\u00e9s par les films X et Jos\u00e9 Antonio doit g\u00e9rer diff\u00e9rents types de public. Il d\u00e9cide alors de fermer pour r\u00e9fl\u00e9chir. C&rsquo;est pendant cet int\u00e9rim que s&rsquo;allume la flamme d&rsquo;Itaca, de cet esprit libre et os\u00e9 qui marquera toute une g\u00e9n\u00e9ration. \u00ab On s&rsquo;est rendu compte que le porno, et plus tard le <em>backroom<\/em>, participaient de cette volont\u00e9 initiale de rendre service. Nous voulions lib\u00e9rer la r\u00e9pression latente qui existait dans la ville, faire sortir les p\u00e9d\u00e9s de l&rsquo;ombre et de la clandestinit\u00e9. Le succ\u00e8s de ces projections nous a d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 poursuivre sur cette voie et, en plus, nous a aid\u00e9s \u00e0 \u00eatre plus honn\u00eates avec nous-m\u00eames. C&rsquo;est quelque chose qui s\u2019est impos\u00e9. Nous voulions aussi nous amuser, nous en avions besoin \u00e0 l\u2019\u00e9poque. \u00bb Et Jos\u00e9 Antonio me fait un clin d\u2019\u0153il par dessus sa tasse de caf\u00e9. Itaca, qui n&rsquo;est pas encore une discoth\u00e8que, rouvre apr\u00e8s de petits travaux : portes peintes en rose, rideaux en dentelle, lampes en osier, tapis, coussins et une lune et un soleil en papier m\u00e2ch\u00e9. La projection de cin\u00e9ma X fait officiellement partie de l\u2019offre du bar. \u00ab Nous avons os\u00e9 institutionnaliser cette partie du projet, mais avec beaucoup de soin. A S\u00e9ville, on baise m\u00eame dans la sacristie mais la devise est <em> Fais ce que tu veux sans te faire remarquer <\/em>. Nous avons \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s prudents d\u00e8s le d\u00e9but. La police faisait des descentes constantes dans les bars de Marqu\u00e9s de Paradas. Quoi qu&rsquo;il en soit, il \u00e9tait clair que la ville \u00e9tait pr\u00eate pour un endroit comme Itaca.\u00a0\u00bb Cependant, une partie de la client\u00e8le potentielle du bar n&rsquo;ose toujours pas franchir ses portes. Jos\u00e9 Antonio observe certains gar\u00e7ons qui, nuit apr\u00e8s nuit, passent sans se d\u00e9cider \u00e0 entrer. Victimes d&rsquo;une homophobie sauvage, ils r\u00f4dent rue l&rsquo;Amour de Dieu \u00e0 la recherche du courage de franchir le pas. Manolo est l&rsquo;un d&rsquo;entre eux. Son air timide attire l&rsquo;attention de Jos\u00e9 Antonio, qui le fait d\u00e9licatement sentir en s\u00e9curit\u00e9 et l&rsquo;invite \u00e0 entrer. Apr\u00e8s une s\u00e9rie de rendez-vous, de discussions, d&rsquo;\u00e9vidences, ils finissent par faire l&rsquo;amour une nuit dans le bar, quand tous les clients sont partis. Manolo, \u00ab\u00a0avec son sourire \u00e9ternel et sa capacit\u00e9 infinie pour l\u2019empathie\u00a0\u00bb, sera une partie essentielle du projet, ainsi qu&rsquo;un partenaire de vie jusqu\u2019a aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" width=\"932\" height=\"582\" src=\"https:\/\/bonjourseville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/014526DD-2292-4091-8D44-F102724AE6B4.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4942\" srcset=\"https:\/\/bonjourseville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/014526DD-2292-4091-8D44-F102724AE6B4.jpeg 932w, https:\/\/bonjourseville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/014526DD-2292-4091-8D44-F102724AE6B4-300x187.jpeg 300w, https:\/\/bonjourseville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/014526DD-2292-4091-8D44-F102724AE6B4-768x480.jpeg 768w\" sizes=\"(max-width: 932px) 100vw, 932px\" \/><figcaption>Vanessa Paradis dans <em>Un couteau dans le c\u0153ur&nbsp;(<\/em>2018, Yann Gonzalez).<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img loading=\"lazy\" width=\"14176\" height=\"19008\" src=\"https:\/\/bonjourseville.com\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Num\u00e9riser-10.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4937\"\/><figcaption><em>Fiesta romana \u00e0<\/em> Itaca, ann\u00e9es 1990 (photo Jos\u00e9 Antonio Campillo). <\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Cette nouvelle \u00e9tape d&rsquo;Itaca assiste \u00e0 la naissance d&rsquo;un de ses \u00e9l\u00e9ments distinctifs, indissociable de l&rsquo;aura de subversion et de l\u00e9gende que l&rsquo;espace va acqu\u00e9rir au fil des ans. Au fond du bar, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des toilettes, se trouve l&rsquo;entrep\u00f4t, un petit espace rempli de cartons avec des bouteilles. Un soir, Jos\u00e9 Antonio d\u00e9cide de le laisser ouvert, la lumi\u00e8re \u00e9teinte. \u00ab \u00c0 la sortie des toilettes, certains gar\u00e7ons ont commenc\u00e9 \u00e0 y entrer spontan\u00e9ment. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 le premier <em>backroom<\/em> d&rsquo;Itaca. Il est arriv\u00e9 un moment o\u00f9 certains passaient d\u2019un espace \u00e0 l&rsquo;autre sans ranger leur bite. Tout cela \u00e9tait tr\u00e8s \u00e9vident mais, comme avec les projections, personne ne semblait choqu\u00e9\u00a0\u00bb. \u00c0 cette \u00e9poque, la ville et l&rsquo;homme s&rsquo;\u00e9coutent et se comprennent de mieux en mieux : S\u00e9ville demande du <em>fun<\/em> et de la libert\u00e9 et Jos\u00e9 Antonio lui offre un espace o\u00f9 les cultiver et, en m\u00eame temps, o\u00f9 exorciser ses d\u00e9mons \u00e0 lui. Cependant, l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or d&rsquo;Itaca est encore \u00e0 venir. Celui qui verra Cl\u00e9op\u00e2tre d\u00e9barquer recouverte de voiles et port\u00e9e sur son tr\u00f4ne ; celui qui fera de la discoth\u00e8que de la rue Amor de Dios un lieu de p\u00e8lerinage pour les homosexuels d&rsquo;Espagne et d&rsquo;Europe, qui viendront \u00e0 S\u00e9ville visiter l&rsquo;Alcazar, la cath\u00e9drale et sa piste de danse.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Alameda ma&nbsp;belle<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le documentaire <em>La Alameda<\/em>, tourn\u00e9 en 1978 par Juan Sebasti\u00e1n Bolla\u00edn, parcourt le quartier et le moment o\u00f9 Itaca appara\u00eet sur la sc\u00e8ne. Objet de d\u00e9sir maltrait\u00e9, profan\u00e9, le quartier appara\u00eet dans les images en noir et blanc d\u00e9vor\u00e9 par les voitures et la crasse. L&rsquo;\u00e9norme trou des travaux du m\u00e9tro perce son centre comme une plaie ouverte. Les maisons traditionnelles, \u00e0 moiti\u00e9 en ruines, cohabitent avec les constructions neuves, filles des exc\u00e8s de l&rsquo;immobilier que d\u00e9nonce le documentaire. Il ne reste gu\u00e8re rien \u00e0 cette \u00e9poque du lieu de r\u00e9cr\u00e9ation, avec ses kiosques, ses fontaines, ses th\u00e9\u00e2tres et ses cin\u00e9mas en plein air qu\u2019a \u00e9t\u00e9 le quartier jusqu&rsquo;\u00e0 la Guerre civile. L&rsquo;illustre empreinte du flamenco a \u00e9galement disparu. Le temps a balay\u00e9 des lieux mythiques tels Los Majarones ou Las Siete Puertas. Le quartier est, dans les ann\u00e9es 1970, un corps afflig\u00e9 d&rsquo;innombrables maux : mis\u00e8re, crime, sp\u00e9culation \u2026 Mais c&rsquo;est aussi un organisme tr\u00e8s vivant. La protestation et la cr\u00e9ativit\u00e9 impr\u00e8gnent ses rues et le march\u00e9 aux puces du dimanche est une agora de libert\u00e9. Le carnaval rena\u00eet de ses cendres \u00e0 la fin de la d\u00e9cennie gr\u00e2ce \u00e0 des artistes comme le visionnaire Oca\u00f1a et \u00e0 un voisinage actif et impliqu\u00e9. Il est logique qu&rsquo;Itaca s&rsquo;installe alors dans ce quartier de la ville o\u00f9 plaisir et revendication, culture et libert\u00e9 ont toujours \u00e9t\u00e9 main dans la main. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>Livres<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Constantino Cavafis, <em>Poes\u00eda completa<\/em>, Visor, 2003. <\/p>\n\n\n\n<p>Miguel A. Dom\u00ednguez P\u00e9rez, Jos\u00e9 Mar\u00eda Marchante, Francisco A. Macera Garfia, <em>Origen del movimiento LGTB en Sevilla<\/em>, Punto Rojo, 2019. <\/p>\n\n\n\n<p>Jordi Costa, <em>C\u00f3mo acabar con la contracultura<\/em>, Taurus, 2018.<\/p>\n\n\n\n<p>Juan Ramon Barbancho, Pablo Morterero, <em>Lo personal es politico. Historia del activismo homosexual en Andalucia,&nbsp;<\/em>Diputaci\u00f3n de Cadiz, 2019.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Films<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Un couteau dans le c\u0153ur<\/em>, Yann Gonzalez, 2018.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La Alameda<\/em>, Juan Sebasti\u00e1n Bolla\u00edn, 1978. <\/p>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette s\u00e9rie de textes est issue de mes conversations avec Jos\u00e9 Antonio Campillo, fondateur et propri\u00e9taire d&rsquo;Itaca, incontournable club, ouvert en 1979, de la rue Amor de Dios, \u00e0 S\u00e9ville. Les premi\u00e8res ont eu lieu par t\u00e9l\u00e9phone, entre Paris et S\u00e9ville, en octobre 2020. 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