{"id":5005,"date":"2021-01-28T17:31:08","date_gmt":"2021-01-28T16:31:08","guid":{"rendered":"https:\/\/bonjourseville.com\/ramitos\/"},"modified":"2021-04-27T10:33:50","modified_gmt":"2021-04-27T08:33:50","slug":"ramitos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bonjourseville.com\/fr\/ramitos\/","title":{"rendered":"Ramitos"},"content":{"rendered":"\n<p>S\u00e9ville est une ville \u00e0 fleurs bien que les gens n&rsquo;aient pas l&rsquo;habitude d&rsquo;en ramener chez eux. Les fleurs ornent les jardins, les balcons et les autels des \u00e9glises. On les retrouve \u00e9galement dans les m\u00e9taphores et dans les chansons d\u00e9di\u00e9es \u00e0 la ville. Le S\u00e9villan d\u00e9pense peu d&rsquo;argent en fleurs. Peut-\u00eatre qu\u2019il ne voit pas l\u2019int\u00e9r\u00eat de payer pour quelque chose qui est beau mais aussi destin\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre en peu de temps. Peut-\u00eatre en a-t-il assez avec l&rsquo;explosion fleurie du printemps et de la Semaine Sainte. Cette relation complexe entre la ville et les fleurs se refl\u00e8te dans l&rsquo;histoire de Ramitos. \u00ab Aujourd&rsquo;hui, on vend bien plus qu&rsquo;avant, sans toutefois atteindre le volume factur\u00e9 dans d&rsquo;autres pays europ\u00e9ens. Le s\u00e9villan a voyag\u00e9 et a apport\u00e9 des habitudes qui existaient d\u00e9j\u00e0 ailleurs. Avant, la fleur coup\u00e9e \u00e9tait un article de luxe, accessible uniquement aux familles riches, aux h\u00f4tels et aux confr\u00e9ries. \u00c0 S\u00e9ville, les fleurs \u00e9taient vendues en pots, achet\u00e9s dans des p\u00e9pini\u00e8res et accroch\u00e9s dans les patios et les balcons. Cela a toujours exist\u00e9. \u00bb Manuel Ramos (<em>ramo<\/em>&nbsp;veut&nbsp;dire bouquet de fleurs en espagnol) est l&rsquo;avant-dernier maillon de cette saga de fleuristes qui travaille dans le quartier de La Encarnaci\u00f3n depuis les ann\u00e9es 1920. Sa fille, Mar\u00eda, a d\u00e9j\u00e0 accept\u00e9&nbsp;de reprendre<strong>&nbsp;<\/strong>le t\u00e9moin et travaille dans les petits locaux que la famille g\u00e8re \u00e0 l\u2019angle des rues Jos\u00e9 Gestoso et Misericordia.<\/p>\n\n\n\n<p>Le grand-p\u00e8re Manuel est arriv\u00e9 \u00e0 S\u00e9ville, de la province de Cadix, on ne sait pas quand. Personnage myst\u00e9rieux, son esprit joyeux et entrepreneur est cependant rest\u00e9 dans les chroniques de l&rsquo;ancien march\u00e9 de La Encarnaci\u00f3n, o\u00f9 il a pris un stand de fleurs en 1920. \u00c0 19 ans, son fils prend les r\u00eanes du petit n\u00e9goce et h\u00e9rite du surnom Ramitos. \u00ab Mon grand-p\u00e8re s&rsquo;approvisionnait dans les jardins de la ville<strong>&nbsp;;&nbsp;<\/strong>les p\u00e9pini\u00e9ristes n&rsquo;existaient pas \u00e0 cette \u00e9poque. La Macarena, par exemple, \u00e9tait jusqu&rsquo;\u00e0 il y a un si\u00e8cle un quartier de vergers et de jardins. Mon p\u00e8re a d\u00e9j\u00e0 connu la production qui venait de l&rsquo;\u00e9tranger&nbsp;<strong>:&nbsp;<\/strong>d&rsquo;abord de Barcelone et de Grenade<strong>&nbsp;;&nbsp;<\/strong>puis d&rsquo;Almer\u00eda. L&rsquo;offre \u00e9tait assez limit\u00e9e, selon les saisons<strong>&nbsp;:<\/strong>&nbsp;\u0153illets, roses, gla\u00efeuls, chrysanth\u00e8mes, an\u00e9mones. Puis Chipiona, ce petit village sur la c\u00f4te de Cadix, est arriv\u00e9 et a fini par monopoliser le march\u00e9.&nbsp;\u00bb Au d\u00e9but des ann\u00e9es 70, la famille s&rsquo;installe dans un minuscule kiosque derri\u00e8re le march\u00e9. \u00ab Mon p\u00e8re \u00e9tait compl\u00e8tement consacr\u00e9 \u00e0 son travail. Il s\u2019occupait des arrangements floraux de 25 confr\u00e9ries de la ville. Il passait toute la journ\u00e9e \u00e0 parcourir les \u00e9glises de la ville, \u00e0 faire des livraisons. Nous lui apportions le d\u00e9jeuner et il mangeait debout sur une planche qu&rsquo;il pla\u00e7ait au-dessus d\u2019une benne. Le travail avait alors un aspect plus humain, plus proche des gens. J&rsquo;ai pass\u00e9 de nombreuses heures au kiosque et je me souviens, par exemple, des discussions avec les commer\u00e7ants du march\u00e9. Aujourd&rsquo;hui, on n\u2019a pas le temps pour ces moments.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un rapport publi\u00e9 dans le journal&nbsp;<em>Ahora<\/em>&nbsp;en 1935, Manuel Ch\u00e1ves Nogales \u00e9crit \u00e0 propos de la Semaine Sainte : \u00ab \u00c0 S\u00e9ville, il n&rsquo;y a que deux ou trois fleuristes capables d\u2019arranger correctement les fleurs d\u2019un&nbsp;<em>paso&nbsp;<\/em>(1). L&rsquo;un d&rsquo;eux est le jardinier de l&rsquo;h\u00f4pital de la Caridad. Ces artistes de la fleur commencent leur travail la veille de la sortie en procession de la confr\u00e9rie. (&#8230;) Un bouquet de fleurs \u00e0 la main, parfois juste un minuscule bouton de fleur d&rsquo;oranger entre le pouce et l&rsquo;index, l&rsquo;artiste de la fleur, face au&nbsp;<em>paso<\/em>, regarde et regarde \u00e0 nouveau, s&rsquo;approche, recule, incline la t\u00eate, monte sur la structure, descend et se concentre, comme un illumin\u00e9, avant d\u2019appliquer la l\u00e9g\u00e8re touche d&rsquo;une fleur. \u00bb Le fleuriste est-il un artiste ? En France, ils sont consid\u00e9r\u00e9s comme des artisans. \u00ab Vendre des fleurs n&rsquo;est pas la m\u00eame chose que faire des cr\u00e9ations florales. Habiller un <em>paso<\/em> de Semaine Sainte, une \u00e9glise ou simplement une pi\u00e8ce demande sensibilit\u00e9 et cr\u00e9ativit\u00e9. Mon grand-p\u00e8re et mon p\u00e8re \u00e9taient autodidactes : ils se sont form\u00e9s \u00e0 base d&rsquo;observation et de crit\u00e8re. Ma fille et moi avons \u00e9tudi\u00e9 aux \u00e9coles d&rsquo;art floral de Madrid et de Bollullos. Le m\u00e9tier de fleuriste a \u00e9volu\u00e9, il est devenu plus sophistiqu\u00e9 avec le temps. Avant, c&rsquo;\u00e9tait beaucoup plus dur, plus physique.&nbsp;\u00bb Recouvrir<strong>&nbsp;<\/strong>de fleurs la surface d\u2019un&nbsp;<em>paso<\/em>&nbsp;\u00e9tait autrefois un travail de&nbsp;titan. Les fleurs \u00e9taient plant\u00e9es une \u00e0 une dans de l\u2019<em>herbe de cerisier<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire les branches, les tiges et les feuilles qui gardaient la fra\u00eecheur de ce fruit pendant son transport en \u00e9t\u00e9 et qui, au printemps, avaient eu le temps de s\u00e9cher. Bien compact\u00e9e, cette mati\u00e8re v\u00e9g\u00e9tale \u00e9tait moul\u00e9e et retenue en passant plusieurs rang\u00e9es de fils de fer dessus. C&rsquo;\u00e9tait le support dans lequel les \u0153illets \u00e9taient plant\u00e9s. Chaque fleur \u00e9tait attach\u00e9e \u00e0 un morceau de canne avec un bout de fil de fer, obtenu en br\u00fblant de vieux matelas et en enlevant les ressorts. L&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 du roseau \u00e9tait aiguis\u00e9e pour obtenir une sorte de fleur-dague qui, enfonc\u00e9e une \u00e0 une, recouvrait la surface. Tout \u00e9tait r\u00e9utilis\u00e9. Un v\u00e9ritable exemple d&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9, de savoir-faire et de recyclage. Un&nbsp;<em>paso&nbsp;de Cristo<\/em> est recouvert de 250 douzaines d&rsquo;\u0153illets.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"727\" src=\"https:\/\/bonjourseville.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/fullsizeoutput_caf-1024x727.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-743\" srcset=\"https:\/\/bonjourseville.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/fullsizeoutput_caf-1024x727.jpeg 1024w, https:\/\/bonjourseville.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/fullsizeoutput_caf-300x213.jpeg 300w, https:\/\/bonjourseville.com\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/fullsizeoutput_caf-768x545.jpeg 768w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption><em>Paso de Cristo<\/em> recouvert d\u2019\u0153illets lors de la Semana Santa.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s la construction de Las Setas, les c\u00e9l\u00e8bres champignons g\u00e9ants qui, en 2011, ont transform\u00e9 le centre historique de la ville, Ramitos a quitt\u00e9 la coop\u00e9rative du march\u00e9 et s&rsquo;est install\u00e9 dans les locaux qu&rsquo;il occupe encore aujourd&rsquo;hui. De l\u00e0 sort toute la d\u00e9coration florale, soigneusement s\u00e9lectionn\u00e9e et compos\u00e9e, pour la cath\u00e9drale et pour la confr\u00e9rie de la Macarena. Le gros du n\u00e9goce vient toujours des confr\u00e9ries : il faut d\u00e9corer les \u00e9glises pour les \u00e9v\u00e9nements signal\u00e9s. La p\u00e9riode la plus charg\u00e9e de travail reste la Semaine Sainte. \u00ab Mon grand-p\u00e8re et mon p\u00e8re ont d\u00fb employer du personnel suppl\u00e9mentaire pendant cette semaine. Tout \u00e9tait beaucoup plus laborieux. Dans les ann\u00e9es 80, la mousse est apparue, ce qui permet d<strong>&lsquo;<\/strong>enfoncer directement la fleur, et tout est devenu plus simple. J\u2019ai un peu la nostalgie du pass\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait beau,&nbsp;l&rsquo;ambiance et les liens qui se cr\u00e9aient lors de la d\u00e9coration d\u2019un&nbsp;<em>paso<\/em>. Mais c&rsquo;\u00e9tait aussi une vraie corv\u00e9e.&nbsp;\u00bb Et le S\u00e9villan ? Qu&rsquo;est-ce que le client particulier ach\u00e8te ? Beaucoup de tub\u00e9reuse en saison et des marguerites toute l&rsquo;ann\u00e9e. \u00ab Le s\u00e9villan continue d&rsquo;acheter plus de plantes que de fleurs&nbsp;coup\u00e9es&nbsp;car il veut que cela dure \u00e9ternellement. Cela, \u00e9videmment, est assez irr\u00e9aliste \u00bb, plaisante Manuel en coupant des \u0153illets blancs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>(1) Large plate-formes de bois brut d\u00e9cor\u00e9es et fleuries sur lesquelles sont port\u00e9es en procession les sculptures du Christ et de la Vierge. <\/p>\n\n\n\n<p>Ramitos, calle Misericordia 2. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u00e9ville est une ville \u00e0 fleurs bien que les gens n&rsquo;aient pas l&rsquo;habitude d&rsquo;en ramener chez eux. Les fleurs ornent les jardins, les balcons et les autels des \u00e9glises. On les retrouve \u00e9galement dans les m\u00e9taphores et dans les chansons d\u00e9di\u00e9es \u00e0 la ville. 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